Atelier régional sur la transformation de l’Education en Afrique Centrale

Le Bureau régional de l’UNESCO de Yaoundé a organisé du 21 au 24 mai à l’HOTEL SAWA de Douala, les assises du Forum régional sur la transformation de l’éducation en Afrique centrale (FORTESEAC) sous le thème, « Promouvoir la transformation de l’éducation en Afrique centrale : renforcer le rôle central et catalytique des enseignants et des éducateurs ». Ce Forum qui était présidé par le ministre de l’Education de Base était centré sur l’évaluation par les pays de la Communauté des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), de la mise en œuvre des Recommandations du Sommet de Haut niveau des Nations-Unies sur la Transformation de l’éducation tenu à New York en septembre 2022.

Ledit sommet, faut-il le  rappeler, avait été organisé pour répondre aux défis générés par une crise du système éducatif mondial, caractérisé par une pénurie qualitative et quantitative des personnels enseignants, des apprentissages sans grand rapport avec leur contexte, le tout amplifié par les effets pervers de la pandémie de Covid-19. À l’occasion de cette assise internationale, nombre de pays africains ont souscrit à des engagements forts, visant à la transformation de leurs systèmes éducatifs et l’accélération des progrès vers les cibles de l’ODD4. Trois ans après ce Sommet et à cinq ans de l’échéance de l’agenda ODD4-Education 2030, une réflexion méritait d’être menée, à l’effet de mesurer le niveau d’appropriation et de domestication des engagements pris par les différents pays d’Afrique centrale, avec un accent particulier sur le rôle catalytique des enseignants.

La problématique générale de cet atelier se déclinait dès lors ainsi : comment parvenir avec des moyens limités, à travers la réforme des curricula, des pratiques de classe/pédagogiques et l’amélioration de la condition des enseignants, à se réinventer afin de s’adapter aux divers changements et défis et y apporter une réponse pertinente? De hauts responsables en charge de la gestion et de la gouvernance éducatives des pays de la sous-région, à savoir : l’Angola, le Burundi, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, Sao Tomé-et-Principe, le Tchad et le Cameroun ont été conviés à cette assise pour trouver des réponses à cette question.

L’atelier poursuivait les quatre objectifs spécifiques suivants :

(1) Renforcer la coopération entre les pays d’Afrique centrale, à travers le partage des connaissances, des expériences et des bonnes pratiques en matière de transformation du système éducatif en vue d’accélérer la réalisation de l’ODD 4 d’ici à 2030 ;

(2) Renforcer le plaidoyer et la sensibilisation sur le rôle central et catalytique des enseignants pour la transformation de l’éducation, en vue d’une prise en compte effective de cet élément dans les politiques, y compris dans la formation et le développement professionnel des enseignants ;

(3) Explorer des approches efficaces et innovantes pour remédier à la pénurie quantitative et qualitative des enseignants (recrutement, formation, rétention) et assurer leur perfectionnement professionnel pour en faire de véritables agents de transformation de l’éducation (garants de la qualité, l’équité, la digitalisation, et la performance du système éducatif).

(4) Proposer des projections pour estimer le nombre d’enseignants nécessaires à l’atteinte de l’ODD4.

Le propos introductif de M. Mputu Hilaire, le coordonnateur de l’atelier, a indiqué les leviers stratégiques sur lesquels va s’adosser la transformation de l’éducation dans la région. Ceux-ci sont au nombre de cinq :

 1- Réduction des inégalités et renforcement de l’équité dans l’accès à une éducation de qualité, dans un contexte marqué par l’insécurité et l’injustice ;

 2- Apprentissage pour tous : avec un accent particulier sur la maîtrise des compétences fondamentales (lecture, mathématiques) et la formation aux métiers, à l’entrepreneuriat et à l’employabilité ;

3-) Renforcement du corps enseignant : une pénurie estimée à 4,1 millions d’enseignants reste à combler d’ici 2030 pour garantir un enseignement de qualité ;

 4- Digitalisation de l’éducation

5- Financement adéquat de l’éducation.

Les exposés techniques des experts de l’UNESCO qui ont suivi la cérémonie d’ouverture vont servir à planter le décor des travaux, notamment ceux ayant trait au cadre de référence des engagements internationaux du sommet sur la transformation de l’éducation. Le premier, délivré par M. SAÏD OULD AHMEDOU, a présenté un tableau récapitulatif des progrès réalisés par les pays de l’Afrique centrale depuis le sommet sur la transformation de l’éducation tenu en 2022 à New York. Si l’on peut se féliciter de la priorité accordée dans les dépenses publiques à l’éducation, les scores enregistrés au niveau de l’accès à l’éducation où 14 millions d’enfants en âge d’être à l’école ne sont toujours pas scolarisés, de la qualité de l’éducation où les compétences en lecture à la fin du primaire restent faibles et du taux d’achèvement qui révèle des iniquités selon le lieu de résidence (rural/urbain) et selon le revenu (pauvres/riches). Autres points importants soulignés par l’orateur, c’est la pénurie aigüe d’enseignants, estimée à 4,1 millions dans le primaire et le secondaire, et le ratio élèves-enseignants formés au primaire dont le taux atteint parfois le seuil de 113. Enfin, l’orateur va signaler des progrès que les statistiques ne captent pas encore, ce qui lui a permis de terminer sa présentation sur les opportunités et les perspectives.

 Le second, présenté par M. DZOUNESSE TAYIM BRUNO, visait justifier la nécessité de transformer l’éducation à partir de l’état des lieux effectué au préalable. Pour l’orateur, les transformations économiques et sociales, le changement climatique, l’irruption du numérique dans toutes les sphères de la vie, la disparition programmée de certains emplois, l’obsolescence annoncée pour les 20 à 30 prochaines années, des compétences actuelles nous imposent un changement de curricula. A sa suite, GUSTAVE TAGNE montrera que les transformations se feront de façon progressive, à court, moyen et long terme, selon l’urgence de es situations. En termes de propositions concrètes sur l’amélioration du curriculum, il va, à partir des constats des précédents exposés, proposer quatre nouvelles thématiques à introduire dans le plan de formation initiale et continue des enseignants en Afrique centrale en vue d’arrimer les curricula au contexte actuel : la gestion de la violence en milieu scolaire, l’éducation en situations d’urgence, (3) l’enseignement à distance, et le soutien psychosocial.

      Après ces exposés qui ont planté le décor et les débats qui en ont découlé, place a été laissé à chaque pays pour la présentation de son rapport. Ces présentations ont été suivies de débats. D’autres exposés des experts de l’UNESCO sur le rôle catalytique des enseignants, les projections sur le nombre d’enseignants nécessaires à l’atteinte de l’ODD4, l’élaboration d’une feuille de route régionale ainsi que les mécanismes de son suivi-évaluation, ont nourri des travaux en groupes ainsi que l’élaboration de la déclaration finale et les recommandations suivantes :

 (1) Création d’un fonds pour la transformation de l’éducation, en abrégé CASTSEAC ;

(2) Mise en place des instruments nationaux et/ou d’une structure sous-régionale de collecte des données, coexistant avec le PASEC ;

(3) La transformation des curricula pour des résultats d’apprentissages plus pertinents, notamment l’allègement de ces derniers ;

(4) Assurer l’alignement des curricula : développer les contenus adaptés aux besoins réels des pays en fonctions des citoyens que nous voulons former ;

(5) Mettre en place une politique des manuels scolaires ;

(6) Renforcer la formation initiale des enseignants et des inspecteurs ;

(7) Elaborer et suivre le plan de formation continue des enseignants et des Inspecteurs ;

(8) Mettre en place dans les pays, des mécanismes de soutien à l’éducation pour améliorer les conditions de travail des enseignants dans tous les sens, financés sur fonds propres.

(9) Organiser les stratégies régionales pour combler les gaps d’un pays à l’autre, sur la base des statistiques nationales, à l’exemple de la mobilité des enseignants ou des chercheurs.

Pour le CEFAN, ces travaux, bien qu’ils constituent une avancée dans la mise en œuvre de l’OOD4, ne pourront porter tous leurs fruits que si les recommandations sont effectivement mise en œuvre par les pays de la CEEAC.    

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